Asie centrale : la baisse des livraisons russes déclenche une course aux carburants

9 août 2026

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Photo : Géoéconomie (c) Conflits

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Asie centrale : la baisse des livraisons russes déclenche une course aux carburants

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  • Les frappes de drones ukrainiens sur les raffineries russes forcent Moscou à limiter ses exportations de carburants : l’Asie centrale doit trouver d’autres sources.

  • Kirghizstan et Tadjikistan, dépendants à 90 % de la Russie, multiplient les accords avec la Chine, la Turquie, le Golfe et leurs voisins.

  • À terme, la Russie perd des parts de marché — et des revenus — dans une région qu’elle dominait : un renversement durable se dessine.

Le marché énergétique d’Asie centrale connaît une reconfiguration rapide, conséquence de la campagne de drones ukrainiens contre les infrastructures énergétiques russes. À long terme, la Russie risque d’y perdre influence et parts de marché, à mesure que les États d’Asie centrale se hâtent de diversifier leurs sources d’approvisionnement en carburants.

Moscou contraint de limiter ses exportations

Les attaques répétées contre les raffineries russes ont conduit le Kremlin à restreindre ses exportations de produits pétroliers — essence et carburéacteur compris — pour faire face à des pénuries intérieures croissantes. Ce qui pousse à son tour les États d’Asie centrale à chercher des sources de substitution afin d’éviter une crise énergétique à l’automne et à l’hiver.

Lire aussi : Asie centrale : l’appétit des puissances. Entretien avec Catherine Poujol

Le tableau ci-dessous résume la situation des cinq pays de la région :

Pays Situation Réserves Nouvelles sources
Kirghizstan ≈ 90 % dépendant de la Russie Projet de raffinerie (450 000 t/an, fin 2026) Ouzbékistan, Kazakhstan, Biélorussie, Chine, Turquie, UE
Tadjikistan ≈ 90 % dépendant de la Russie ≈ 60 jours Turkménistan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Chine
Ouzbékistan Production ≈ 60 % des besoins 2 à 3 mois Géorgie, Irak, entre autres
Kazakhstan et Turkménistan Autosuffisants, exportateurs nets Fournisseurs de la région

Kirghizstan et Tadjikistan en première ligne

Jusqu’à cette année, le Kirghizstan et le Tadjikistan dépendaient de la Russie pour environ 90 % de leurs carburants. Désormais, la Russie n’est plus un exportateur fiable : fin juillet, elle n’a accepté de livrer au Kirghizstan qu’environ la moitié des volumes nécessaires pour le reste de l’année, soit quelque 100 000 tonnes de produits pétroliers par mois.

« La Russie ne peut plus être considérée comme un exportateur fiable. »

Pour combler le déficit, Bichkek a conclu de petits accords d’approvisionnement avec l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, complétés par des cargaisons en provenance de Biélorussie et de Chine. Les autorités kirghizes sollicitent aussi des volumes supplémentaires auprès de la Turquie et de l’Union européenne. Le gouvernement développe en outre une forme d’autosuffisance, en accélérant un projet de raffinerie capable de produire environ 450 000 tonnes de produits pétroliers par an — près d’un quart de la demande annuelle du pays —, qui pourrait entrer en service dès la fin de 2026.

Le Tadjikistan a, en juillet, triplé ses importations depuis le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, à 34 000 tonnes, par rapport à juin, selon Reuters. Dans le même temps, les livraisons russes d’essence ont chuté de moitié, à un peu plus de 14 000 tonnes. Douchanbé négocie avec le Kazakhstan et la Chine des approvisionnements supplémentaires. Début juillet, le ministère de l’Énergie estimait que les réserves du pays pouvaient tenir environ 60 jours.

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Ouzbékistan : diversifier et prospecter

L’Ouzbékistan est moins dépendant de l’énergie russe : sa production intérieure peut atteindre 100 000 tonnes de produits pétroliers par mois, soit environ 60 % de ses besoins. Pour couvrir le reste, Tachkent a dû diversifier ses fournisseurs, concluant des accords avec la Géorgie, l’Irak et d’autres pays, selon un communiqué de la présidence.

Un défi immédiat pour les autorités ouzbèkes tient à une flambée de la demande de carburéacteur. « En raison de l’aggravation de la situation géopolitique, le nombre de vols traversant l’Asie centrale augmente », note le communiqué, en évoquant un accroissement des vols en provenance de Russie ; la production nationale devrait augmenter pour répondre à cette demande. Tachkent est en effet devenue une plaque tournante pour les Russes voyageant à l’étranger sous le régime des sanctions.

Comme le Tadjikistan, les responsables ouzbeks affirment disposer de réserves suffisantes pour deux à trois mois, tout en cherchant à apaiser les craintes d’une pénurie. Le premier vice-ministre de l’Énergie, Oumid Mamadaminov, a déclaré : « Je suis convaincu que, avec les autres organisations […], nous traverserons la saison automne-hiver sans difficultés majeures. »

« Nous traverserons la saison automne-hiver sans difficultés majeures. »

Au-delà de la diversification des fournisseurs, responsables tadjiks et ouzbeks intensifient la prospection de nouvelles réserves nationales. Douchanbé a fait appel à des entreprises chinoises pour la prospection géologique, tandis que Tachkent renforce ses capacités, avec notamment un projet de centre de traitement de données sismiques monté avec l’américain Schlumberger (SLB).

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Un renversement durable au détriment de la Russie

Le Kazakhstan et le Turkménistan sont largement autosuffisants pour leurs besoins intérieurs en produits pétroliers. Tous deux profitent des revenus d’exportation supplémentaires tirés de leurs voisins.

Plus la guerre russo-ukrainienne se prolonge, plus les nouveaux dispositifs d’approvisionnement d’Asie centrale risquent de s’installer durablement, laissant à la Russie un marché nettement réduit pour ses carburants — et donc des revenus amoindris pour les caisses du Kremlin.

« Un marché nettement réduit pour ses carburants, et des revenus amoindris pour le Kremlin. »

Signe peut-être le plus clair des difficultés actuelles de Moscou : des responsables russes discutent avec leurs homologues kazakhs d’un possible accord pour raffiner du pétrole russe dans des raffineries kazakhes, rapporte Reuters. Un tel accord mettrait les produits pétroliers russes à l’abri des frappes ukrainiennes, mais réduirait probablement les gains du Kremlin. Selon des plans préliminaires, les produits raffinés au Kazakhstan seraient vendus sur le marché intérieur et réexportés vers la Russie.

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Source : Eurasianet, 7 août 2026 (traduit de l’anglais ; article publié sous licence Creative Commons).

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