<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Usine de dessalement : la source vive

18 juin 2026

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Usine de dessalement : la source vive

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Particulièrement dépendants du dessalement pour leur approvisionnement en eau potable, les pays du Golfe voient leurs infrastructures hydrauliques devenir des cibles stratégiques dans le contexte du conflit iranien. Une source proche du sujet s’est confiée sur la nature particulièrement vulnérable de ces infrastructures dans la région.


Un article à retrouver dans le N63. Golfe : qui sera le maître ?


Depuis les années 1970, les États de la péninsule arabique ont massivement investi dans le dessalement pour compenser l’absence quasi totale de ressources hydriques naturelles. La région concentre à elle seule près de la moitié de la production mondiale d’eau dessalée et certains États, comme les Émirats, Bahreïn, le Qatar ou Israël en dépendent presque totalement pour leur approvisionnement en eau. Une source proche du sujet témoigne pour Conflits.

Pouvez-vous expliquer comment fonctionne le processus de dessalement et pourquoi il est si critique dans ces régions ?

Le dessalement repose aujourd’hui sur deux grands procédés. Le plus ancien, la distillation thermique consiste à chauffer l’eau de mer pour en récupérer la vapeur par évaporation, séparée du sel et des minéraux. Longtemps dominant dans le Golfe, ce procédé reste très énergivore et fonctionne principalement au fioul ou au gaz naturel.

Depuis une vingtaine d’années, un second procédé s’est imposé : l’osmose inversée. L’eau de mer est poussée sous haute pression à travers une membrane de synthèse ultrafine, qui retient les sels et minéraux d’un côté et laisse passer l’eau pure de l’autre

Ce processus est maintenant majoritaire sur les nouvelles installations, parce qu’il consomme beaucoup moins d’énergie. Et surtout, c’est un processus électrique, alors que les centrales à distillation ont tendance à être alimentées au fioul ou au gaz naturel. Dans les deux cas, ce sont des processus assez énergivores, qui atteignent assez vite des dizaines ou des centaines de mégawatts pour de grosses centrales qui alimentent une ville ou des processus industriels.

Ces systèmes fonctionnent-ils aussi à une échelle beaucoup plus locale ?

Absolument. Il existe des unités de la taille d’un conteneur, alimentées par quelques panneaux solaires, capables d’approvisionner un petit village, un hôtel ou toute implantation humaine le long de la côte. On observe également ces installations plus à l’intérieur des terres, là où les nappes phréatiques sont saumâtres.

Ces installations produisent deux choses : de l’eau pure d’un côté, et des saumures de l’autre. Les saumures sont une eau de mer ultra-concentrée dont le rejet peut poser des problèmes environnementaux significatifs, notamment dans des mers fermées comme la Méditerranée où les courants sont insuffisants pour diluer la concentration saline.

À quelle échelle ces infrastructures sont-elles déployées dans le Golfe ?

Pour les pays du Golfe, le dessalement couvre entre 70 et 80 % des besoins en eau. Israël se situe dans le même ordre de grandeur. L’Iran, en revanche, en dépend très peu : c’est un pays immense, doté de chaînes de montagnes et de sources naturelles.

Mais les pourcentages ne disent pas tout. Si une ville entière est alimentée par une seule centrale et que celle-ci tombe en panne, le problème est immédiat et absolu. Ces installations fonctionnent à flux tendu : une ville alimentée exclusivement par dessalement a très peu de résilience en cas de coupure d’électricité ou de dommage sur ces infrastructures.

La capacité de gestion de crise sur ces infrastructures est donc quasi nulle ?

Le problème se pose dans les premiers jours, au maximum dans les premières semaines. Cela dit, une ville comme Dubaï dispose des moyens logistiques pour distribuer de l’eau en bouteille assez rapidement. Mais l’eau potable n’est qu’une partie du problème : il y a aussi l’eau sanitaire, l’eau agricole, celle utilisée pour les procédés industriels. Des situations similaires sont observées en France quand l’eau du robinet est contaminée : on distribue des bouteilles, on ne règle que la consommation directe. Les volumes nécessaires à tout le reste sont sans commune mesure et ne peuvent pas être substitués du jour au lendemain.

Pourquoi ces infrastructures sont-elles désormais au premier plan des stratégies militaires dans la région ?

Ces infrastructures constituent l’un des talons d’Achille les plus évidents des pays du Golfe. Le facteur climatique aggrave encore l’équation : à mesure que le printemps avance et que les températures montent, la dépendance à la climatisation et à l’eau devient absolue. D’abord pour les habitations, mais aussi pour les hôpitaux et l’ensemble des services essentiels.

Existe-t-il des pistes pour renforcer la résilience de ces installations ?

La principale vulnérabilité est énergétique. Ces centrales sont particulièrement énergivores : si vous ciblez une centrale électrique, ou qu’une simple panne en cascade fait tomber le réseau, toutes les centrales de dessalement de la région peuvent s’arrêter simultanément. Même avec des générateurs de secours au diesel, leur continuité ne peut être assurée de manière nominale au vu du besoin en énergie.

Des pays comme le Maroc commencent à coupler leurs centrales à des énergies renouvelables, ce qui crée une résilience plus forte

Mais ce n’est pas parfait : la nuit, ou par temps sans vent, c’est le réseau classique qui prend le relais. Les batteries de grande capacité commencent à rendre la chose envisageable. Les Émirats mènent des expériences avec des centrales solaires couplées à des batteries gigantesques. Mais c’est encore très rare.

Dans le Golfe spécifiquement, le parc est encore majoritairement fondé sur la distillation thermique, alimentée au fioul ou au gaz naturel, donc moins dépendante du réseau électrique que les installations à osmose inversée construites ailleurs ces quinze dernières années. Paradoxalement, le parc « ancien », fondé sur la distillation, a donc la meilleure résilience énergétique. Pour avoir une vision précise des vulnérabilités pays par pays, il faudrait recenser les centrales, leurs capacités et leur technologie.

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